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LETTRE OUVERTE AUX EDITIONS SUDPRESSE

Nous avons découvert avec surprise que les trois premières pages de votre quotidien de ce mercredi 1 décembre 2004 étaient consacrées à une « méthode révolutionnaire dans l’apprentissage de la lecture », la méthode suisse des Alphas.

C’est tout simplement la rééducation logopédique qui a amené Claude Huguenin à trouver un « truc » vieux comme le monde, la personnification des lettres et leur association avec un son.

Les instituteurs de 1920 dessinaient déjà des yeux et des oreilles aux lettres étudiées,d’autres ont ajouté des gestes pour fixer leur mémorisation.

Il s’agit donc d’un outil didactique qui permet de reconnaître les lettres, de se rendre compte qu’aux lettres correspondent des sons que les enfants assemblent par la suite.

 

Que montrent les données récentes sur le comportement en lecture de nos enfants ?

La dernière enquête Pisa indique que beaucoup de grands enfants (tranche de 12 à 15 ans) ne dépassent pas la couche superficielle des textes, ont des difficultés à saisir l’idée principale et à comprendre le sens d’une histoire. C’est la recherche du sens qui pose problème, ce qui est loin d’être la préoccupation première de la méthode des Alphas.

 

Pour apprendre à lire, il existe deux grands types de méthodes :

1 Celles qui amènent à reconnaître les lettres et à les associer au son émis. L’enfant va réaliser de nombreux exercices d’assemblage. Le sens est abordé dans un deuxième temps. Ce sont les méthodes syllabiques, synthétiques,  gestuelles…La méthode des Alphas en fait partie.

2.Celles qui amènent l’enfant à reconnaître une phrase, un mot entier par des indices visuels. Le sens est valorisé. Le recours aux sons et au déchiffrement ne se font que plus tard. Ce sont les méthodes globales, naturelles, fonctionnelles…

Ces dernières correspondraient aux préoccupations actuelles mais laissent encore de nombreux enfants à la traîne qui « devinent » les mots bien trop longtemps.

 

Que faut-il privilégier à l’école maternelle ?

.Intégrer les deux types de méthodes par l’approche intégrative

Nous pensons qu’il faut encourager l’enfant à prendre un maximum d’indices pour identifier un mot nouveau. Il s’aide d’illustrations (on lui présente des étiquettes comportant le mot et le dessin correspondant), de prise d’indices visuels (on met en évidence la forme de certaines lettres), d’indices phoniques (on fait oraliser le segment « ma » comme dans « Manon »), du contexte de sens dans la phrase (est-ce possible ?).

En multipliant les prises d’indices, l’enfant bénéficie de l’aspect qui convient le mieux à ses capacités ; certains sont plus visuels, d’autres s’appuient sur des connaissances antérieures, d’autres jouissent d’une bonne mémoire auditive…Or la méthode des Alphas n’envisage que la reconnaissance des lettres.

.Utiliser de véritables écrits

Nous pensons qu’il faut rencontrer de véritables écrits sociaux dès l’école maternelle. On découvre la lecture dans un livre d’images, on repère des mots dans un journal, dans une publicité, sur un écran d’ordinateur. Or la méthode des Alphas ne se préoccupe pas des divers supports de l’écrit.

.Montrer toutes les fonctions de l’écrit

Enfin nous pensons qu’il faut découvrir la lecture dans toutes ses fonctions car on lit pour imaginer, rêver (albums), pour communiquer (lettres,messages), pour accroître ses connaissances (livres scientifiques…), pour choisir (publicités…), pour agir (livres de cuisine, modes d’emploi), pour se débrouiller dans la vie quotidienne (tableaux, plannings…).

Nous devons construire des situations pédagogiques permettant de rencontrer toutes ces fonctions. Il faut que l’enfant retire de sa lecture un bénéfice réel. Or, rien de tout cela dans la méthode des Alphas.

.Eviter un apprentissage précoce

IL nous semble important de dire et de répéter qu’il ne s’agit pas d’installer un apprentissage systématique et précoce de la lecture dès 3 ans ! Méfions-nous des titres accrocheurs tels que « lire dès la 2ème maternelle », on fait croire aux parents que tous les enfants de 4 ans savent lire avec cette méthode. Or lire, c’est comprendre et les enfants ânonnent à la vue des lettres des mots comme « robinet, limace, fusée… » On est loin du compte !

 

A l’école maternelle, il faut surtout permettre un bain d’écrit où l’enfant va comprendre petit à petit l’utilité de savoir lire, il va reconnaître son prénom, il va identifier certains mots découverts de manière fonctionnelle dans de véritables écrits sociaux, il va mémoriser la forme de certaines lettres, des sons caractéristiques…

Si la méthode des Alphas peut paraître attractive par le caractère amusant et esthétique des personnages, d’ailleurs fort coûteux, ce n’est qu’une aide ludique pour un aspect limité de l’acte de lire (le déchiffrement). Privilégions plutôt la multiplication des contacts avec l’écrit qui provoquent le goût de la lecture et donnent du sens à ce qu’on lit.

 

 

 

Michelle Waelput, psychopédagogue.

Maître-assistante à  la Haute Ecole Provinciale de Mons-Borinage-Centre

Auteur de « Aimer lire dès la maternelle »aux Editions De Boeck, 2002

 

 

Ont cosigné ce texte :

Suzy Carlier (Inspectrice honoraire de l’enseignement maternel)

Madame Demanet (psychologue)

Delphine Druart (Inspectrice cantonale honoraire)

Valérie Duvinage,Dominique Lecomte et Myriam Rigaux (Institutrices maternelles à l’école de Saint Alexandre à Haine-Saint-Pierre)

Lodia Honorez-Kuchareck (Professeure de didactique de la langue à la HEP Mons-Borinage-Centre . Co-directrice de collection de l’éditeur Van In.)

Annie Janssens (Directrice de l’enseignement fondamental communal à la ville de Charleroi-Nord)

Martine Lafosse (Psychopédagogue,maître-assistante à la HEP Mons-Borinage-Centre au département pédagogique section maternelle)

Letty Lefebvre (Inspectrice de l’enseignement maternel. Licenciée en sciences de l’éducation)

Nathalie Liebert, Sohie Hennaux et Barbara Méola (Institutrice maternelles à l’école de la rue Grande Louvière à La Louvière)

Sylvie Legrand (Psychopédagogue, maître-assistante à la HEP Mons-Borinage-Centre au département pédagogique section maternelle)

Catherine Majois (Maître spécial en psychomotricité à La Louvière)

Roger Monnier (Docteur en sciences psychopédagogiques, Inspecteur)

Alain Tricnaux (Maître-assistant à la HEP Mons-Borinage-Centre, professeur de français au département pédagogique section maternelle)

Augusta Wauters (Inspectrice cantonale honoraire)