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Comment aborder la lecture en classe maternelle ?

 

                       WAELPUT , Michelle

                                                                            Maître-Assistante Haute Ecole Provinciale de Mons

 

 

A l’école maternelle , après la découverte des « belles histoires », lues et relues par l’enseignant(e), des enfants ( le plus souvent vers 4 ans ) , s’intéressent à l’écrit , observent les lettres et les mots , imitent par une simili-écriture le contenu du livre , posent des questions précises « …et là , qu’est-ce qui est écrit ? ».Ils entrent dans une phase qui exige de la part des titulaires une compétence dans le domaine de l’apprentissage de la lecture et une connaissance approfondie des possibilités ludiques d’amener les enfants à aimer lire .

Dans un ouvrage paru chez De Boeck en 2002 (1) , nous rapportons le bilan d’expériences menées depuis plus de vingt années pour atteindre ces objectifs .C’est une synthèse de ces réflexions que nous proposons dans le présent article .

 

La démarche pédagogique se situe dans la première phase d’acquisition de la lecture , celle de la découverte du monde de l’écrit et des premières expériences en lecture .Il ne s’agit pas d’un apprentissage systématique de la lecture mais de la multiplication de contacts avec l’écrit dans différentes situations de vie vécues en classe maternelle .

 

L’option choisie est celle de l’application d’une approche intégrative qui permet de prendre « le meilleur »de chaque méthode en fonction des besoins et des capacités des enfants .Elle se décline et s’explicite en six points :

 

1.       la double nature de l’activité de lecture ;

2.       l’approche intégrative pour aborder la lecture en classe maternelle ;

3.       la guidance stratégique pour identifier un mot ;

4.       l’importance des prénoms ;

5.       l’installation d’un véritable atelier de lecture ;

6.       les activités de structuration .

 

 

 

1.        la double nature de l’activité de lecture

 

Comment définir l’acte de lire ?

Des recherches récentes consacrées au langage écrit mettent en évidence sa double nature :

 

1.1.  la lecture est une activité culturelle , sociale 

 

L’enfant doit se rendre compte de diverses  fonctions de la lecture :

 

¨       lire pour se divertir , imaginer , se faire plaisir , rêver .C’est la FONCTION IMAGINATIVE ; l’enfant se plonge dans un livre d’images, une comptine, pour en comprendre le sens et reconnaître certains mots-clés ;

¨       lire pour communiquer avec une personne ou un groupe de personnes par correspondance classique ou par courrier électronique .C’est la FONCTION INTERPERSONNELLE ;

                                                                                                                                                                                             

¨        lire pour accroître ses connaissances .C’est la FONCTION FORMATIVE , l’enfant veut acquérir des compléments d’informations , par exemple il tente de retirer des informations dans un livre de la bibliothèque de la classe ;

 

¨        lire pour s’informer ou choisir .C’est la FONCTION INFORMATIVE ;par exemple , l’enfant lit des publicités, s’informe pour choisir , sélectionne dans des catalogues ;

 

¨        lire pour agir : jouer , bricoler , cuisiner …C’est la FONCTION INJONCTIVE ; l’enfant se sert , par exemple , d’un mode d’emploi pour bricoler , réaliser une recette de cuisine , .…

 

¨        lire pour se débrouiller dans la vie quotidienne .C’est la FONCTION REGULATRICE ; l’enfant élabore un contrat de travail avec l’enseignant , choisit des tâches à effectuer et lit la répartition des ateliers sur un panneau .

 

 

L’enseignant(e) prendra soin de placer les enfants dans des situations de lecture couvrant ces six fonctions .La pratique de la  pédagogie du projet permet notamment d’atteindre ces objectifs .

 

 

 

1.2.  la lecture est une activité linguistique , langagière

 

 

L’enfant doit traiter et comprendre un énoncé verbal mis par écrit ( un mot , une phrase , un texte ).Il doit découvrir le sens du message , décoder les mots ( faire correspondre des formes graphiques - les lettres- aux formes sonores ), se poser des questions , reformuler oralement ce qu’il lit pour prouver qu’il a compris .Pour que cette activité soit réussie , parmi plusieurs approches possibles ,c’est l’approche intégrative qui a été choisie.

2.        l’approche intégrative pour aborder la lecture en maternelle

 

2.1.  ne pas se limiter uniquement à l’approche par le son…

Les partisans de cette approche graphophonétique préconisent des exercices systématiques d’assemblage de lettres et de sons .C’est la maîtrise de la combinatoire .A force d’exercices , ce déchiffrement s’automatise et permet alors de comprendre le message transmis .La recherche du sens est abordée dans un deuxième temps pour ne pas nuire au travail de décomposition puis de synthèse des sons .Les méthodes syllabiques ,à démarche synthétique sont représentatives de ce courant .

 2.2       ne pas se limiter à l’approche par le sens …

 Les mots sont reconnus en tant qu’unité significative par la prise d’indices visuels comme le contexte illustratif , la syntaxe , la forme des lettres…Les partisans de cette méthode postulent que le recours aux sons et au déchiffrement peut nuire au travail de recherche des indices visuels .Les méthodes naturelles , globales , fonctionnelles , à démarche analytique ,sont représentatives du deuxième courant .

                                                                                                                                             

2.3.     approche par le son et par le sens …caractéristiques de l’approche intégrative

 L’enfant s’appuiera simultanément sur des indices phonémiques ( repérage de sons , de syllabes et leurs règles d’assemblage ) et sur la recherche du sens .

Cette troisième approche , plus récente , permet à l’enseignant d’encourager l’enfant à un plus grand nombre de prise d’indices .Il semble qu’amener le plus précocement possible chez l’enfant la conscience phonémique ( c’est-à-dire se rendre compte qu’à toutes lettres correspond un son )  soit prédictif d’un bon apprentissage de la lecture .Il est par conséquent primordial de se concentrer sur l’acquisition de cette compétence .
 

 3.la guidance stratégique pour identifier un mot

 Comment procède l’enfant pour identifier un mot inconnu ?

Quelle guidance stratégique faut-il lui apporter ?

Dans le cas , par exemple , de la découverte d’un livre d’images écrit en lettres cursives et présentant un rapport étroit entre l’image et le texte qui ne dépasse pas deux courtes phrases par page .

Pour rappel , le but n’est pas de déchiffrer tous les mots des phrases mais d’en découvrir le sens et de reconnaître quelques mots-clés qui vont enrichir le capital de l’enfant .

 L’enfant doit identifier la première phrase : « Maman ramasse Nounours »

 

1.       l’enfant va observer l’illustration .A la question : Que fait maman ? , il peut répondre : elle attrape Nounours , elle reprend Nounours ,… puisqu’il a vu à la page précédente Pikou jeter son ours par terre. Le contexte illustratif aide à saisir le sens de l’action mais ne permet pas d’identifier clairement le mot «  ramasse ».

2.       l’enfant va reconnaître dans la phrase des mots connus .Le mot «  Maman » est très connu et le mot « Nounours » a été rencontré plusieurs fois .Les connaissances antérieures vont jouer .L’enfant peut les retrouver dans les référentiels de la classe , sur les panneaux , dans sa boîte à mots personnelle…

3.       pour identifier le mot « ramasse » , l’enseignant peut amener à la prise d’indices visuels : « y a-t-il un morceau que tu reconnais dans le mot ? ».

Des comparaisons , des analogies avec les prénoms des enfants de la classe , avec     des mots déjà rencontrés dans le capital-mots vont aider l’enfant .Par exemple , il reconnaît la forme de la lettre « r » parce que c’est comme dans « roi », il reconnaît la syllabe « ra » parce que le mot « rame » a déjà été rencontré .

            4.   si l’enfant lit « maman rame Nounours » l’enseignant demande si c’est correct , 
                  si c’est vrai , possible …Le contexte sémantique donne également des indices .

5         l’enseignant peut faire oraliser le segment « ra » comme dans le mot « rame »

puis le segment « ma » comme dans « maman » , il peut aussi isoler le son « r » et le faire prononcer .Il s’appuie sur des indices phoniques. C’est dans ce seul cas de la recherche d’indices phoniques que  l’outil ludique de la « Planète des Alphas »(2) peut aider l’enseignant à la découverte du principe alphabétique et développer la conscience phonémique des enfants .Les lettres personnifiées émettent des bruits caractéristiques et ne sont pas ainsi vides de sens .

C’est donc par une série de prises d’indices que l’enfant identifie le mot pour comprendre la phrase .Il utilise toutes les sources d’informations possibles en parallèle ( informations sur les lettres , mots , le contexte de sens , les sons , les illustrations , les syllabes déjà connues …) et enfin se décide             

  Cette reconnaissance de mots doit se situer dans le contexte d’une vraie lecture

On peut aussi faire repérer l’existence de phrases .Elles commencent par une majuscule et se terminent par un point .L’enseignant(e) peut aussi lancer un débat sur le thème traité en faisant appel au vécu de l’enfant ; ex : qui est déjà allé dans un grand magasin ?,raconte ce que tu as vu …

4.l’importance des prénoms

 Il convient d’insister particulièrement sur l’utilisation des prénoms des enfants de la classe.En effet , dès son arrivée en classe maternelle (2ans1/2) , l’enfant apprend à reconnaître son prénom pour :

-          personnaliser son porte-manteau ;

-          « signer » ses productions individuelles ;

-          s’afficher dans le tableau des présences ;

-          s’inscrire à la répartition des tâches ou dans les ateliers ;

-         

Le prénom est affectivement et psychologiquement fondamental dans la vie de l’enfant puisqu’il est le reflet de lui-même .Il convient donc de l’encourager , l’entraîner à y puiser beaucoup d’indice pertinents , ex ; « c’est la même lettre que dans mon  nom !cela commence ou finit comme mon prénom !…on entend ma comme dans Manon …. ».
 

5.l’installation d’un véritable atelier de lecture

On y trouve d’abord une bibliothèque de classe bien diversifiée comportant des journaux , des magazines , des livres d’images , des recueil de poésies , des dictionnaires , des livres de recettes , des fiches techniques , des bottins de téléphone …Ils sont nécessaires pour manipuler des supports authentiques de l’écrit .A côté de la bibliothèque est installé le véritable coin-lecture .Un lieu d’affichage permet d’installer les travaux écrits du moment : la comptine , la recette culinaire , une affiche …

L’enseignant(e) est obligé(e) de prévoir pour l’apprentissage des segments courts , bien choisis , avec des illustrations précises .Ce sont les fiches référentielles .

Où peut-on placer ces fiches référentielles ?

-          sur des panneaux comportant les mots utiles pour la lecture d’un texte ;

-          dans des boîtes à mots de la classe ou individuelles ;

-          dans des dictionnaires de classe , regroupées selon l’ordre alphabétique ou thématique ( les couleurs , prénoms , fruits , animaux …)

 

Les panneaux regroupant les textes agrandis sont regroupés dans un classeur-outil sur un tringle et classés avec des intercalaires de couleurs :

-          les textes narratifs ( récits , fables …)

-          les textes poétiques ( chansons , comptines ) ;

-          les textes informatifs (affiches …).

 

On opère une classification progressive .
 

7.        les activités de structuration

 Pour fixer tous les nouveaux mots rencontrés , il est nécessaire d’organiser des activités de structuration .Elles permettent de manipuler les mots , de les mémoriser , de les fixer et agrandir ainsi le capital-mots des enfants .Ce sont des activités menées collectivement ou qui recourent à l’utilisation de fiches individuelles pour les enfants qui atteignent une maturité cognitive suffisante . .Le lecteur initié à l’informatique saisira immédiatement les avantages de l’utilisation de l’ordinateur pour les exercices individuels .   

Ces activités ne peuvent évidemment débuter l’apprentissage ; elles sont toujours organisées après le rencontre avec l’écrit .

Dans le livre (1) , une série d’activités de structuration ayant trait à six compétences sont proposées dans un ordre de présentation qui peut être modifié , l’essentiel étant que les influences s’interpénètrent .Pour chaque compétence ,plusieurs exemples sont proposés ci-après :

 

                        1.Pour améliorer le niveau de langage et sa compréhension , l’enseignant(e) organise un jeu collectif oral qui consiste à trouver dans quelle catégorie se trouvent les mots lus par le titulaire.

 

                        2.Afin d’affiner la prise d’indices visuels ,l’enseignant propose à partir d’une fiche individuelle ou d’un exercice collectif  de repérer tous les mots dans une phrase et de les compter .

Il peut aussi demander de relier des mots écrits dans  une même typographie ( écriture cursive et script).

            3.Dans le but d’améliorer la discrimination auditive , l’enseignant(e)  , dans un jeu collectif  , lit une série de mots et demande de reconnaître les sons semblables ou de citer la syllabe commune ; de décomposer en syllabes le mot énoncé en frappant dans les mains et placer le schème correspondant au nombre de frappes .Il peut aussi inviter les enfants à chercher les mots qui commencent par le son « f » ou plus tard qui comportent le son « f ».La maison des sons est ainsi enrichie petit à petit .

 

                        4.Pour découvrir le sens , l’enseignant propose un jeu collectif de dominos dans lequel les enfants , chacun à leur tour , placent le domino qui correspond au dessin ou au mot et forment un « long chemin ».Il peut aussi inviter l’enfant à trouver (exercice individuel ou en petit groupe) un dessin qui ne correspond pas à la phrase lue .

 

                        5.Afin d’émettre des hypothèses et les vérifier , l’enseignant(e) donne la première lettre d’un mot connu et demande aux enfants de découvrir le mot entier en collant des lettres mises à sa disposition .Ils peuvent vérifier l’orthographe en recourant aux fiches référentielles de leur boîte à mots .

                        6.Dans le but de développer la mémoire , dans le cadre d’un jeu collectif , l’enseignant(e) demande d’observer une phrase , puis présente un  mot .Ils doivent reconnaître si le mot fait partie de la phrase observée .

 

En conclusion , apprendre à lire en classe maternelle , c’est :

-          toujours placer les enfants dans des situations de vie fonctionnelles ; ils doivent lire pour en retirer un bénéfice réel ;

-          amener les enfants à prendre un maximum d’indices par l’approche intégrative ;

-          fixer les acquis dans des exercices de structuration présentés sous forme de jeu collectif ou d’exercices individuels .

Alors , les fondations d’un apprentissage réussi de la lecture sont édifiées .

 

                                                                                                WAELPUT , Michelle

                                                                              Aimer lire dès la maternelle , De Boeck , Outils pour enseigner, 2002.

(1)WAELPUT ,Michelle Aimer lire dès la maternelle ,Des situations de vie pour le développement des compétences en lecture de 2ans ½ à 8 ans , De Boeck , Education , 2002
(2)Huguenin , C., Dubois , O., La Planète des Alphas , Centre de psychopédagogie de Genève .